« Oui mais toi, tu es fort(e ) »

Avez-vous déjà entendu cela depuis que vous êtes parent d’un enfant extraordinaire ?

Moi, oui, tellement de fois !

Si oui, cela vous a fait quel effet ?

En ce qui me concerne, j’ai souvent considéré cette phrase comme un gros mot, quelque chose qui m’incommodait, voire qui m’agaçait de plus en plus car je percevais tant de choses au travers de ces 3 mots « Tu es forte » :

Il y a des fois où on me l’a dit pour me faire comprendre que je n’étais pas comme les autres, que je réussissais des choses impossibles pour d’autres … et honnêtement, je n’ai pas aimé être mise à l’écart, d’une certaine façon.

Il y a des fois où on me l’a dit de façon réductrice, comme si je me résumais à cela alors que tout est compatible : je peux être forte et avoir besoin de soutien, je peux être forte et en avoir ras le bol de vivre des choses difficiles et pas fluides du tout, je peux être forte et pleurer aussi par moment, je peux être forte et me sentir si fatiguée.

Il y a des fois où on me l’a dit sous la forme d’un reproche : « ta force m’a écrasé » et j’ai trouvé cela si injuste car ma force a bien arrangé les autres à bien des moments (proches, professionnels) car je prenais en charge tant de choses et de situations.

Il y a des fois où on me l’a dit comme si cela expliquait  tout, comme si c’était facile du coup pour moi de vivre dans ce monde du handicap, comme si c’était simple pour moi d’accompagner mon fils en fin de vie, par exemple. Alors que, encore une fois, tout est compatible, je pouvais avoir les ressources et pour autant, que remuer ciel et terre, me libérer de mes peurs, de mes croyances me demandait des efforts.

Aujourd’hui, oui, j’assume d’avoir cette force en moi et je la remercie d’être là car elle m’a permis d’accomplir tellement de merveilleuses choses, elle m’a permis d’avoir de l’élan dans les moments difficiles , de bousculer le système, de commencer à me reconvertir professionnellement au moment où mon fils débutait le dernier chapitre de sa vie, et plein d’autres choses encore.

Pour autant, je ne me résume pas qu’à cela.

Pour autant, je ne suis pas la seule à être forte.

Pour autant, maintenir et mobiliser cette force m’a demandé de l’énergie.

Etre fort(e ) est juste une caractéristique, une qualité et elle peut s’acquérir d’ailleurs, au gré des expériences. Je vois plus cela comme un atout mais pas une réponse à tout. Ce n’est pas si simple.

D’ailleurs c’est quoi « être fort(e ) » ? Est-ce que cela n’a que des avantages ?

Pour moi, être forte, c’est cet élan en moi qui me permet de créer, de déplacer des montagnes pour atteindre un objectif qui fait tellement sens, d’encaisser les difficultés de la vie et de les transformer en opportunités, d’être résiliente, de changer de lunettes pour aborder une situation sous un angle différent, de rayonner même dans le noir, d’aller chercher au fond de moi l’énergie nécessaire pour prendre soin des miens même quand je suis fatiguée et bien plus encore.

En fait,  je crois même que je suis plutôt résiliente. Ce terme me convient bien mieux. La différence avec la force est notable : la force fait référence à des capacités physique et intellectuelle alors que la résilience est la capacité psychique à surmonter les traumatismes (cf. dictionnaire).

Chacun a cela en soi. J’en suis convaincue. Il y a juste des couches de croyances et de conditionnements, des blessures qui les camouflent, qui empêchent de la voir.

Etre forte n’a pas toujours été qu’un avantage car, si elle m’a permise d’avancé contre vents et marées, mon corps en a pâti car je ne lui ai pas toujours laissé l’espace de se reposer, de récupérer, de se regénérer, avançant encore et toujours.

Et pour vous, quelle est la définition de « être fort(e) » ? Comment cela s’exprime au quotidien ?